Press: Foreign Missions of Paris (french)

By J-Philippe

11 August 2011

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Paru dans la revue des Missions Etrangères de Paris, N°461 juin 2011.

Un artiste français à Bali.

Jean-Philippe Haure est né en 1969 à Orléans. Il vit actuelle­ment à Bali - Indonésie- avec son épouse bali­naise et ses deux enfants dans un vil­lage d’artistes où il a bâti sa maison. Il est diplômé de l’école Boulle, l’établissement parisien réputé pour ses for­ma­tions de haut niveau aux métiers d’art tels que l’ébénisterie dans laquelle Jean-Philippe excelle. C’est ainsi qu’il a tra­vaillé à la restau­ra­tion de pièces du mobilier national.

J’ai pour la première fois ren­contré Jean-Philippe pen­dant l’été 1990. Il venait de l’abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur Loire où il était novice. Il se pré­parait à partir comme volon­taire pour l’île de Bali, et devait rejoindre le Père Maurice Le Coutour ... Je l’ai vu une sec­onde fois l’année suiv­ante alors que, rendu à pied d’œuvre, il ani­mait et dévelop­pait un ate­lier d’ébénisterie à Gianyar sur le ter­ri­toire de la paroisse catholique.

À partir de 1996, il a assuré la direc­tion de l’école pro­fes­sion­nelle que Maurice le Coutour avait fondée et qu’il venait de laisser pour repartir au Cambodge. Il cul­tive et développe ses dons à travers la pho­togra­phie, le dessin et la pein­ture. Il com­mence à exposer ses travaux à partir de 1997. En lien avec les mis­sion­naires MEP d’Indonésie, il par­ticipe à leur retraite et réu­nion annuelle. Il a lui-même, à plusieurs reprises, accueilli et accom­pagné des volon­taires envoyés par les MEP.

Jean-Philippe utilise pour ses tableaux de beaux et solides papiers d’imprimeur. La pré­pa­ra­tion de ces papiers con­siste à les plonger dans l’eau pour qu’ils pren­nent les couleurs mises en sus­pen­sion: elles s’étalent, for­ment des nuages ... La rêverie sur l’eau et les nuages ne permet pas encore d’y pressentir des formes, des fig­ures, des des­tins, mais c’est un milieu propice ... Ces papiers où Jean-Philippe avait donné libre cours à l’œil, à la main, au hasard, une fois qu’ils sont secs, il les garde plus ou moins longtemps en réserve jusqu’au jour où il se décide à les « relire ».

Un tra­vail assez dif­férent com­mence alors. Autant le jeu avec l’eau et les couleurs avait été libre, évasif, autant celui qui com­mence révèle l’acuité, la pré­ci­sion, jusqu’à la minutie. Jean-Philippe, au crayon, a un trait de graveur. Son vrai sujet, c’est le corps humain: il ne note rien hors ce relevé précis d’une pose, d’un mou­ve­ment, d’un drapé, d’une anatomie: aucun décor, milieu ou événement, qui met­trait ce corps en sit­u­a­tion. On pense à des dessins de sculp­teur.

J’ai demandé à Jean-Philippe la per­mis­sion de repro­duire les deux dessins ci-contre (voir en fin d’article). Une vieille femme: le même modèle a-t-il servi pour deux images?
L’atti­tude, iden­tique de part et d’autre, est facile­ment observ­able en Asie sur un marché ou sur un seuil: c’est ainsi qu’on se repose, qu’on pal­abre ou qu’on attend. Pour l’une, l’artiste semble avoir profité d’un moment où le modèle tour­nait la tête : un corps à la fois ramassé sur lui-même et tendu vers ailleurs par ce regard qui nous échappe : profil perdu. Les étoffes devi­en­nent pré­texte à de beaux effets de drapé. La sec­onde image est plus récente. Elle n’a pas encore été pub­liée. Si dans la première l’artiste a sur­pris son modèle, dans la sec­onde, c’est le modèle qui sur­prend l’artiste: cette anci­enne nous regarde sans aménité, son beau visage ruiné et marqué inter­roge.

Il est abusif, j’en con­viens, de faire comme je fais parler des images. Les mots s’inter­posent entre l’œuvre et celui qui veut voir. Tout ne se jouait qu’entre le regard et la main qui dessine. Et entre deux regards. Je lis pour­tant, dans ces représen­ta­tions, quelque chose de tendu et de désir­able comme le dia­logue entre deux mondes, deux cul­tures, deux per­sonnes, deux âges qui ten­tent de s’apprivoiser. La ten­ta­tive de saisir, celle de l’artiste et du spec­ta­teur, est retardée par ce regard sai­sis­sant qui nous arrête.

B. J.

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