Portrait

By J-Philippe

11 March 2009

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J-PHILIPPE: Faire tomber les barrières entre art et esprit

Rita A. Widiadana, le Jakarta Post, Denpasar, le 11 mars 2009

Traduit de l’anglais par J-Philippe.

Pour l’artiste fran­çais J-PHILIPPE à Bali, c’est une vie de reconnais­sance.

Né à Orléans il y a 40 ans d’un père arti­san, diplômé de la pres­ti­gieuse Ecole Boule à Paris, J-PHILIPPE aurait pu pré­ten­dre à une car­rière pro­met­teuse en France, un para­dis pour artiste. Au contraire, il a suivit sa voie: attiré par la spi­ri­tua­lité béné­dic­tine, il a rejoint le monas­tère de Saint Benoit sur Loire.

En 1991, il est arrivé comme volon­taire dans la petite ville de Gianyar, pour ensei­gner l’art à Sasana Hasta Karya, une école d’art déve­lop­pée par l’église catho­li­que, à plu­sieurs mil­liers de kilo­mè­tres de sa ville natale. « Comme être humain, nous n’avons pas la liberté de choi­sir ou de déci­der notre vie, dit-il, notre liberté est de cher­cher par tous les moyens pos­si­bles à accep­ter la vie qui nous est confiée. »

Lorsqu’il est arrivé pour la toute pre­mière fois à Bali, il était, admit-il, déso­rienté. « J’ai juste accepté et appré­cié chaque ins­tant de mes jour­nées. »

Il habite aujourd’hui une modeste maison équipée de son studio au milieu du ver­doyant vil­lage d’artis­tes à Kubu Bingin près d’Ubud, très isolé du tré­pi­dent et mou­ve­menté cir­cuit tou­ris­ti­que et com­mer­cial de l’île.

« Je mène une vie très ordi­naire: j’amène mes enfants à l’école, j’ensei­gne et je conti­nue mon tra­vail artis­ti­que », dit-il. Rien de bien extra­or­di­naire. « Pourtant tout cela peut deve­nir dif­fé­rent sui­vant la façon dont on le voit et le res­sent. »
Après son temps d’ensei­gne­ment à l’école, il passe des heures au tra­vail dans son studio, bâtis sur le bord d’une petite rivière.
« Mes œuvres sont le reflet de ma propre vie, » dit-il. « Elles sont entre l’abs­trac­tion et le réa­lisme, la spi­ri­tua­lité et le maté­ria­lisme. Je ne sais vrai­ment pas la défi­nir clai­re­ment. »

Pour beau­coup de cri­ti­ques, les œuvres d’art de J-PHILIPPE sont dif­fé­ren­tes des œuvres artis­tes occi­den­taux qui ont, depuis long­temps, fait de Bali leur source d’ins­pi­ra­tion. Prenez par exem­ple la repré­sen­ta­tion des femmes bali­nai­ses, com­men­tée par le très res­pecté cri­ti­que d’art Jean Couteau, qui a écrit un com­men­taire très pers­pi­cace à ce sujet.

« Ce qui carac­té­rise le point de vue de J-PHILIPPE dans son tra­vail, sur la ques­tion sociale de la condi­tion fémi­nine bali­naise, est son absence totale de pré­ju­di­ces colo­niaux aussi bien que post­co­lo­niaux, écrit Jean Couteau, il semble nous dire que bien que les femmes bali­nai­ses soient très belles, ceci ne devrait pas pour autant donner le droit aux occi­den­taux de les trai­ter en tant qu’objets sexuels au nom d’une dif­fé­rence ’exo­ti­que’ enchâs­sée dans l’his­toire colo­niale . »
Jean Couteau a également trouvé que l’atti­tude artis­ti­que de J-PHILIPPE est bien loin du sté­réo­type cultu­rel nor­ma­tif, c’est, écrit-il « une atti­tude beau­coup plus saine que celle des artis­tes occi­den­taux pré­cé­dents. »

J-PHILIPPE aurait pu faci­le­ment tomber dans le piège de redon­ner une repré­sen­ta­tion sté­réo­ty­pée de l’île comme l’ont fait beau­coup d’artis­tes occi­den­taux dans le passé. Il refuse de se le per­met­tre, alors que d’autres artis­tes étrangers recher­chent tou­jours la renom­mée et la for­tune en exploi­tant « l’exo­tisme bali­nais », d’autant plus que, dit-il, « il y a sou­vent des per­cep­tions erro­nées et des malen­ten­dus au sujet du sens du mot exo­tisme ».

« Lorsque des gens visi­tent un endroit loin­tain occupé par de « drôles » d’habi­tants avec une culture et des tra­di­tions étrangères, elles leurs sem­bles exo­ti­ques, dit-il, ce qui est en fait une vision super­fi­cielle dans la com­pré­hen­sion et l’appré­cia­tion de la culture et des tra­di­tions réel­les. « A mon avis, les pre­miers artis­tes occi­den­taux à Bali ont essayé d’expri­mer for­te­ment l’exo­tisme exep­tion­nel de l’île par ses dif­fé­ren­ces sans vou­loir les com­pren­dre vrai­ment. »

J-PHILIPPE croit que lors­que les gens se com­pren­nent et accep­tent les dif­fé­ren­ces et la diver­sité, il n’y a plus « d’exo­tisme » social ou cultu­rel.

« Mais la com­pré­hen­sion d’une culture dif­fé­rente demande du temps et des efforts », dit-il.
« Quand je suis arrivé la pre­mière fois à Bali, il m’a semblé très dif­fi­cile de m’adap­ter à ce nouvel envi­ron­ne­ment. Je me sou­viens com­ment je devais appren­dre à goûter la nour­ri­ture locale, à éprouver le climat chaud et humide, à com­pren­dre com­ment les gens pen­sent et se com­por­tent et même la façon de s’asseoir ou de mar­cher! Tout ceci me parais­sait si dif­fi­cile. »

« Spirituellement, c’est d’autant plus com­pli­qué. La façon dont je me consi­dère moi-même est très dif­fé­rente de celle des autres autour de moi, ajoute-t-il. » En tant que catho­li­que euro­péen, Jean-Philippe a eu beau­coup de mal à s’adap­ter à la vie sur l’île prin­ci­pa­le­ment indoue.
« Cela m’a demandé beau­coup de temps et de tra­vail afin d’essayer de cons­truire une pas­se­relle assez forte pour com­mu­ni­quer phy­si­que­ment et spi­ri­tuel­le­ment », dit-il.

Pendant ses pre­miè­res années à Bali, il a vécu avec la noble famille bali­naise du palais d’Abianbase à Gianyar, où il a appris la musi­que tra­di­tion­nelle Balinaise, le Bale Ganjur, ainsi que les arts. Mais ce qui est plus impor­tant, c’est qu’il a établi une inte­rac­tion directe avec les gens du pays en ayant une vie sociale intense avec eux.

De cette façon, J-PHILIPPE a expé­ri­menté une trans­for­ma­tion inter­cultu­relle pro­gres­sive et nor­male pen­dant qu’il com­men­çait à appren­dre, embras­ser et res­pec­ter les valeurs cultu­rel­les, la tra­di­tion et les croyan­ces de sa terre d’adop­tion.

« La société Balinaise m’a ensei­gné quel­que chose de grande valeur - la com­mu­nauté, un sens de l’unité. » Dans une telle société, pré­cise-t-il, aucune per­son­na­lité ne peut émerger sans le consen­te­ment de la com­mu­nauté.
« En tant qu’enfant éduqué dans la culture occi­den­tale, rai­son­na­ble et indi­vi­duelle, le concept de com­mu­nauté est dif­fi­ci­le­ment accep­ta­ble ... »

Sa nou­velle connais­sance et son res­pect des per­son­nes et de la culture locale ont eu l’effet de faire dis­pa­raî­tre les bar­riè­res de la com­mu­ni­ca­tion. Il a com­mencé à voir les bali­nais et les indo­né­siens en tant qu’êtres sem­bla­bles dont des valeurs et les pen­sées doi­vent être com­pri­ses et res­pec­tées plutôt que "des per­son­nes étrangères attrayan­tes sur le plan artis­ti­que"

Toutes ces opi­nions et expé­rien­ces sont clai­re­ment mani­fes­tées dans son tra­vail et sa vie simple et reli­gieuse.
Ces valeurs, il les par­tage main­te­nant avec sa famille et ses étudiants, qui vien­nent de dif­fé­ren­tes régions d’Indonésie.

« Je me sens tel­le­ment motivé à expli­quer à mes enfants et à mes étudiants les valeurs de res­pect dans la diver­sité et dans la dif­fé­rence qui, sans elles, nous sépa­rent si sou­vent les uns des autres », dit-il.

« C’est la vraie et dif­fi­cile leçon que chacun devrait maî­tri­ser afin de réus­sir dans sa propre vie. »

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